WOLE LAGUNJU (1966 Nigéria) – « Spirit of Mami Wata » – Huile sur toile – 185 x 125 cm

 

La composition dialogue avec une pluralité de cultures, où se mêle entre autres, la tradition picturale des textiles créés par les femmes Yoruba. L’artiste fait sien le style Ona, version, contemporaine de ces motifs ethniques, enseignés à l’école d’Ifé, cité sacrée des yorubas. L’espace décoratif, aux éclats de couleur d’une liberté absolue, semblent se propager au-delà de la toile. Une figure asexuée et sans visage incarnant la divinité féminine Mami Wata, participe à la vision d’ensemble. Un étonnant masque-cimier yoruba, perché précairement sur sa tête, déroule une scène très élaborée de sanctuaire avec quatre personnages en conciliabule. Le masque yoruba n’évoque pas la tragédie mais, le carnaval et les fascinantes mascarades Gélédè, qui ont lieu chaque année dans le sud-ouest du Nigéria et les régions voisines du Bénin, à l’occasion de mardis-gras ou d’événements importants.

L’esprit masqué Mami Wata, porte bien ses couleurs symboliques : le rouge et le blanc. Mais tout se mélange dans la composition, dans une superposition de cultures et d’apparents paradoxes, sans chronologie, ni hiérarchie. S’appropriant, à la fois, l’histoire de l’art classique yoruba, le monde contemporain qui l’entoure et son implication dans la mode et le design – en témoignent les chaussures du dernier cri portées par la déesse – l’artiste crée un nouveau et vibrant langage. Les immenses pouvoirs de ces « déesses mères » que Mami Wata incarne en tant que première femme de l’univers yoruba, évoluent constamment avec la société. Une démarche semblable pour l’artiste, en prise avec son époque qui puise dans le vivier de formes artistiques du Nigéria se perdant dans la nuit des temps pour en réaliser la synthèse.

Wole Lagunju nous place face une oeuvre chargée : l’histoire complexe de l’hybridation des cultures et la réinterprétation de l’esthétique pré et post coloniale.