Une conviction écologique

Une série d’œuvres récentes relevait avec justesse les grandes questions contemporaines liées au changement climatique et à la menace de désastres écologiques. Elles sont ancrées dans son histoire personnelle et familiale. L’artiste a vécu, enfant, au cœur d’une contrée sauvage avec son père, médecin, chargé de la surveillance du camp des ouvriers du barrage de Manantali. Cette région, aux confins du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali, où bêtes et hommes vivaient jusqu’alors en osmose depuis des millénaires, marqua durablement son imaginaire.

Dans une série de toiles récentes prenant pour sujet la condition animale, l’artiste choisit un médium au goudron, symbole évocateur de la pollution. De larges touches renvoient aux envolées de la peinture tachiste pour faire naître tout un monde animalier. Autruches victimes de braconniers où d’élevages intensifs, pintades menacées par la grippe aviaire qui avait effrayé, un temps la planète, poissons décimés par les pêcheries industrielles et les déchets plastiques, chiens dressés pour le combat – divertissement initié par les européens – Dans ces toiles, la couleur brune du goudron s’oppose à la réflexion lumineuse d’un jaune brillant. La palette éblouissante n’est pas signe, pour autant, d’harmonie entre l’homme et le monde animal.
La condition animale est à l’image de la tragi-comédie des hommes, comme ceux qui s’affrontent dans le grand fusain intitulé « Monde perdu », c’est la lutte pour le pouvoir des uns où la vie ou la mort des autres.

À la jonction de cultures plurielles

Soly Cissé développe, dans son œuvre, la vision critique d’une société en proie au fanatisme et à l’obscurantisme religieux. Des figures semblent flotter, côte à côte, dans l’espace indifférencié de la toile de grand format « Mythes et croyances ». Entre connaissance et pensée magique, l’œuvre fait co-exister ce qui subsiste des civilisations classiques de l’Afrique, des anciennes traditions cubaines, haïtiennes, du vaudou ou du chamanisme, avec, les religions et croyances européennes. Un monde surgit de la légende face à la réalité. Dans cette fresque contemporaine, les figures jouent avec subtilité entre cultures ancestrales et implications sociales contemporaines, portées par un équilibre et une relative harmonie. La révolte de l’artiste se teinte d’espérance

*Soly Cissé semble habité par la même ferveur morale qui imposa à Goya, cette vision critique d’une société en proie au fanatisme et à l’obscurantisme religieux. Une même volonté critique conduit la ligne de son récit pictural qui interroge les motivations humaines au plus profond des êtres.

*Dominique Stella, Au-delà de l’esthétique, entre mythe et réalité contemporaine. – p..41 – Univers/Universe, Soly Cissé – Solyart, mai 2014

L’installation métaphorique
« Champ de coton » 

Puissant hommage aux millions d’hommes et de femmes arrachés à leur liberté et à leur terre, elle nous transporte vers la Caraïbe, la Louisiane, l’Alabama, la Géorgie.… Nulle présence humaine, nul arrangement sonore, comme initialement prévu par l’artiste dans cette oeuvre où seule prédomine, la force évocatrice et symbolique. Au-delà d’une composition picturale par laquelle deviendrait belle la souffrance humaine, elle dit le travail éreintant, le poids des sacs, les mains écorchées, mais aussi, les chants, les contes, les luttes et les cultures nées de ces plantations qui ont débouché sur la victoire de l’abolition.
Un monde a été créé.
Rappeler la mémoire d’un long passé, si divers dans ses origines culturelles, c’est décoder les comportements d’aujourd’hui et les formes de domination de l’homme par l’homme. L’œuvre de Soly Cissé reste sous-tendue par cette quête mémorielle, faisant sienne la formule poétique de l’écrivain congolais Tchicaya : « Hier sème la graine de demain ».*
Les Phalènes – Tchicaya U Tam’si – Gallimard, coll. Continents noirs, 2015

Parcours symboliques, départs, errances, confrontations identitaires… sont évoqués par Soly Cissé à l’aide de pratiques artistiques décloisonnées. Intégrant différents médias qui s’interpénètrent, peinture tridimensionnelle, matériaux naturels, sculpture peinte, ready-made, installation, assemblage… Soly Cissé crée des œuvres d’un genre nouveau pour transmettre l’histoire sous une forme inédite.

L’installation a été exposée en 2018 dans le cadre de la Biennale OFF par la Fondation Dapper sur l’île de Gorée – lieu hanté par cette sombre histoire – elle est actuellement présentée au Musée des Civilisations Noires (M.C.N) de Dakar.