La conviction écologique de Soly Cissé est ancrée dans son histoire personnelle et familiale. L’artiste a vécu, enfant, au cœur d’une contrée sauvage avec son père, médecin, chargé de la surveillance du camp des ouvriers du barrage de Manantali. Cette région, aux confins du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali, où bêtes et hommes vivaient jusqu’alors en osmose depuis des millénaires, marqua durablement son imaginaire.

Dans une série de toiles récentes prenant pour sujet la condition animale, l’artiste choisit un médium au goudron, symbole évocateur de la pollution. De larges touches renvoient aux envolées de la peinture tachiste pour faire naître tout un monde animalier. Autruches victimes de braconniers où d’élevages intensifs, pintades confrontées au changement des écosystèmes, poissons, décimés par les pêcheries industrielles et les déchets plastiques., chiens dressés pour le combat – divertissement initié par les européens – Dans ces toiles, la couleur brune du goudron s’oppose à la réflexion lumineuse d’un jaune brillant. La palette éblouissante n’est pas signe, pour autant, d’harmonie entre l’homme et le monde animal.
La condition animale est à l’image de la tragi-comédie des hommes, comme ceux qui s’affrontent dans le grand fusain intitulé « Monde perdu », c’est la lutte pour le pouvoir des uns où la vie ou la mort des autres.

L’installation métaphorique « Champ de coton » est un puissant hommage aux millions d’hommes et de femmes arrachés à leur liberté et à leur terre. Elle nous transporte vers la Caraïbe, la Louisiane, l’Alabama, la Géorgie.… Nulle présence humaine, nul arrangement sonore, comme initialement prévu par l’artiste dans cette oeuvre où seule prédomine, la force évocatrice et symbolique. Au-delà d’une composition picturale par laquelle deviendrait belle la souffrance humaine, elle dit le travail éreintant, le poids des sacs, les mains écorchées, mais aussi, les chants, les contes, les luttes et les cultures nées de ces plantations qui ont débouché sur la victoire de l’abolition.
Un monde a été créé.
Elle sera dévoilée pour la première fois en France, à l’occasion d’Art Paris, après une brève présentation à l’ Espace Commines,* fin 2019. Soly Cissé a réalisé une deuxième œuvre sur le même thème composée de 170 sculptures. Exposée en 2018 dans le cadre de la Biennale OFF par la Fondation Dapper sur l’île de Gorée – lieu hanté par cette sombre histoire – elle est actuellement présentée au Musée des Civilisations Noires (M.C.N) de Dakar.

Notes :  Les Phalènes – Tchicaya U Tam’si – Gallimard, coll. Continents noirs, 2015
 **Hier la mémoire d’aujourd’hui – Espace Commines – OCT-NOV.– 2019
Commissariat : Armelle Dakouo – Scénographie : Zette Cazalas.
proposition de Marie-Christine Bouhours et Fabienne Billioud