Regards croisés : Véra Pagava, Nicolas Wacker

Regards croisés : Véra Pagava, Nicolas Wacker

Nicolas Wacker (1897-1987) regards croisés Jean Bertholle, Roger Bissière, Alfred Manessier, Véra PAGAVA, Guidette CARBONNEL

Exposition – 15 mai – 7 juin –  galerie d’art moderne et contemporain à paris Galerie Chauvy
 
Parmi les académies libres de Montparnasse, celle fondée en 1908 par les nabis, Paul Ranson et Maurice Denis fut, dans les années 30, une pépinière de grands noms de l’histoire de l’art. Si elle  connaît une ampleur nouvelle dans les années 30, c’est grâce à Charles Malfray pour la sculpture et Roger Bissière pour la peinture qui étaient : « les deux pôles d’attraction de toute une jeunesse venue des quatre coins du monde ».*

Nicolas Wacker,  incontournable personnalité de l’académie, lieu de vie pour lui, durant plus de dix ans, reste encore peu connu bien que des expositions récentes comme celle du Palais du Roi de Rome à Rambouillet, en 2010, aient porté un regard nouveau sur cet artiste qui avait toujours trouvé inadéquates les proposi­tions d’expositions. Excès de modestie de la part de cet humaniste, théoricien de la technique dite mixte qui plaçait très haut son rôle de passeur, secondant Roger Bissière, puis enseignant les techniques de la peinture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris  entre 1969 et 1984 et auteur d’un livre sur les techniques de la peinture, toujours réédité.
Nicolas Wacker avait quitté la Russie pour Berlin où il avait étudié l’architecture. Il incarnait le caractère pluridisciplinaire de l’académie et fut, dès son arrivée en 1928 et jusqu’en 1939, le massier de l’atelier de peinture. Un ensemble d’oeuvres de jeunesse, peu connues, ainsi que, d’autres de la maturité des artistes éclaire leur démarche commune, puis leur évolution, de part et d’autre de la coupure de la guerre. Elles illustrent la vie d’un atelier dans les années 30 : ses pra­tiques, sa modernité, l’esprit communautaire de ces artistes au début de leur parcours indépendant et libre, préfigurant le lan­gage nouveau dont ils seront les pionniers dans les années 50

Etienne-Martin - Portrait de Nicolas Waker vers 1935 - Plâtre - Exposion : Rodin, le centenaire - Grans Paiais, 2017

Nicolas Wacker

L’exposition s’ouvre sur la rencontre de Nicolas Wacker avec Roger Bissière en 1928, à l’Académie Ranson lorsqu’il prend ses fonctions de massier de l’atelier de peinture.

Stoppé par l’internement dans les camps pour étrangers, sa création ne reprendra qu’en 1962. Il poursuivra son art devenu non-figuratif, durant ses années d’enseignant à l’école des Beaux-Arts de Paris, entre 1969 et 1984 dans un dynamisme interactif avec ses étudiants.

Ce qui se partage, pour lui, c’est une certaine conception des arts plas­tiques, la nécessité d’un art chargé d’humanisme, une capacité à trans­mettre – il sera, à l’époque, l’un des professeurs les plus admirés par les jeunes peintres.

Les amitiés vont se croiser tout au long de sa vie, comme l’attestent les œuvres de Jean Bertholle, peintre Véra Pagava, Alfred Manessier, Charlotte Henschel, Guidette Carbonell, présentées à l’occasion de l’exposition, cer­taines, exécutées côte à côte, tout au long des années 30. Son aventure artistique, relève à la fois d’une expérience ancrée dans ses origines slaves et la rencontre avec un certain idéal collectif tel qu’il exis­tait encore dans l’entre-deux guerres.

La robe était trop petite -Huile sur toile - 1930

DES foyerS de créativité intense

Alors que les idéaux de l’entre-deux guerres alimentaient l’espoir des artistes de changer le monde, des communau­tés de peintres, sculpteurs, graveurs, se créaient  dans le monde entier. Quelles soient le fait d’artistes fondateurs dont seuls l’histoire retiendra le nom, au détriment du groupe – comme les surréalistes avec André Breton, le Bauhaus avec Klee et Kandisky, les Ateliers de Torres-Garcia, l’Abbaye de Créteil et l’atelier communautaire de Moly-Sabata en Ardèche –  deux rêves médiéviste d’Albert Gleizes, dans les années vingt et trente – où bien, issues d’une école ou d’une académie privée dans lesquelles se forgeait un esprit frondeur et fé­dérateur, elles furenun tournant décisif pour nombre d’artistes. Certains s’inscrivirent dans l’histoire de l’art à la faveur de ces regroupements parfois éphémères. A leur tête, des pères spirituels, des  autorités inspirées : Paul-Émile Borduas pour les Automatistes canadiens, ces anciens étudiants de la section Art et Design à l’École du meuble de Montréal où Roger Bissière, chef de l’atelier de peinture à l’académie Ranson.  Lieu de pratiques, d’échanges et de partages d’expériences, les passerelles entre les ateliers déterminent les vocations : le suisse Stahly s’inscrit en 31, dans l’atelier de peinture, mais c’est avec Charles Malfray qu’il découvre sa vocation de sculp­teur, inversement pour Jean Le Moal.  C’est à l’académie Ranson dans l’atelier de peinture de Roger Bissière qui deviendra son ami et son plus fidèle soutien que Guidette Carbonell aura la possibilité de faire dialoguer les différentes disciplines étudiées dès l’âge de 15 ans dans les académies libres de la rive gauche. Attirée autant par la peinture que par la sculpture, elle dira : J’ai choisi d’être associée aux peintres de mon époque, et  revendiquera sa pluridisciplinarité dans une volonté  de synthèse des arts : céramique, textile, dessin, art mural

Véra Pagava - Années 30 6 Huile sur toile - 60 x 46 cm

Nicolas Wacker : les Années Ranson : 1928 - 1939

La veuvue du fondateur de l’Académie : France Ranson, appelle en 1923, à la direction de l’atelier de peinture, Roger Bissière, connu depuis 1912 pour ses articles sur l’art et ses essais sur Seurat, Ingres et Corot, publiés dans la revue d’Ozenfant : l’Esprit NouveauBissière initiera en 1934, un cours de fresques, non sans lien avec les Ateliers d’art sacré, fondés par Maurice Denis et Georges Desvalières au sortir de la grande-guerre. Un esprit de compagnonnage médié­val sur le modèle des grands chantiers collectifs et l’accent mis, dans les années 30, sur l’art roman comme modèle pour les arts plastiques, furent parmi les courants multiples qui trouvèrent un écho chez les jeunes peintres.
L’exposition des Arts et Techniques de 37, à laquelle Roger Bissière participe verra le triomphe de l’art mural. Ses élèves l’assistèrent sur ce grand chantier puis trois d’entre eux, dont Wacker, se rendirent, en 39, à New York participer aux travaux de décoration du pavillon français à l’exposition universelle..
Jean Le Moal, évoquant Wacker, résumera ce compagnonnage : Je le connus en 1935, alors que je venais de m’inscrire avec mon ami Alfred Manessier au cours de fresques de l’académie Ranson. Il dirigeait l’atelier de peinture et savait tout faire. Il connaissait tout et était vraiment un personnage extraordinaire. Par la suite nous avons travaillé ensemble avec toute une équipe dont il était un des membres les plus actifs : avec Bissière et Delaunay au Pavillon des Chemins de fer à l’exposition de 37. En collaboration avec mes amis Zelman et Bertholle nous avons réalisé la dé­coration du Pavillon français à l’exposition universelle de New-York en 1939 » Les tissus imprimés exposés en 38 et 39 par l’artiste Véra Pagava, dans le cadre du groupe Témoignage (exécutés sur un métier à tisser fabriqué par Nicolas Wacker) témoignent du recours aux arts ruraux et primitifs, selon les conceptions de Bissière en concordance avec celles de Gleizes, proche du groupe et également chef de file d’une communauté artistique à Moly-Sabata, sur les rives du Rhône.

Nicolas Wacker - Années 30 - Huile sur toile

De belles fraterniés : Le groupe Témoignage

Née d’un Idéal communautaire, cette formation, aux mobiles et aux intérêts communs, expose, dès 37 et 38 sous la bannière Témoignage au Salon d’Automne de Lyon.. (4)

Mais l’aventure débute dès 1936, avec Étienne-Martin, Bissière, Bertholle, Le Moal, Manessier, auxquels se joignent Nicolas Wacker (36-37) et Charlotte Henschel….Le galeriste Marcel Michaud, l’un des inspirateurs du groupe Témoignage, figure importante du milieu ar­tistique lyonnais des années 30 à 50, consigne, dans la revue lyonnaise : Le Poids du Monde, l’acte de naissance du groupe : « Des artistes jeunes, se rencontrent en un point du globe et joignent leurs cœurs à Lyon. De là naît le 22 décembre 36, un élan qui bondira dans l’art. Littérature, musique, poésie, peinture, sculpture. La vie quoi…(..) Pour ces artistes, leurs œuvres ne sont qu’un TÉMOIGNAGE sensible des angoisses et des départs vers un inconnu redoutable (5) Le journaliste jean-Jacques Lerrant, qui dirigeait les pages Culture du Progrès de Lyon, écrira : On ne pourrait guère justifier le rassemblement composite de Témoignage, où il y avait des ésotériques, des aventuriers mystiques, de jeunes hommes éclairés par les flambeaux du surréalisme, des héritiers du cubisme emblématique – témoignages, conjonction de courants divers avant les grandes vagues de l’abstraction – s’il n’y avait à la tête du cortège pour une unité provisoire de voyance, de recherches au-delà des apparences, un poète comme Marcel Michaud, titubant de doutes mais porteur de feu… (7) Tendus vers l’avenir mais nullement radicalement destructeurs, ils cherchent une expression nouvelle à travers l’enseignement de Bissière, issu du cubisme et du surréalisme. En 38 et 39, le galeriste René Breteau en assure le développement parisien ; Je leur ai donné mes ci­maises pour d’inoubliables succès. La rue des Cannettes a connu la foule en 38, la rue Bonaparte en 39. Puis ce fut la guerre et le dispersement (6)

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Véra Pagava - Formes, 1930 Huile sur toile -

Témoignage : Galerie Breteau, Paris

René Breteau, dont la galerie, rue des Canettes, ouverte en 37 présentait des travaux d’artisans, racontera plus tard le choc de la rencontre du groupe, dans l’atelier d’Etienne-Martin, rue du Pot-de-Fer.

Avec le fils du potier Beyer, nous sommes partis de la rue des Canettes pour la rue du Pot-de-Fer. (..) cinq garçons attendaient, sereins, ils m’ont dit leur joie de créer, leurs espoirs. Cela dura longtemps de parler et de regarder tant de choses si étonnantes, si étranges, Au petit matin, j’ai dit que nous allions montrer ce qu’ils avaient fait, la galerie Matières et Formes venait de voir le jour ….(6)

*Installée l’année suivante, rue Bonaparte, la galerie qui porte désormais le nom de son fondateur,  jouera un rôle considérable dans la vie artistique parisienne. Les vernissages sont des fêtes. Les archives de ces années évoquent l’esprit bohème de l’après-guerre et l’exubérance formelle des œuvres produites par une nouvelle génération d’artistes, considérés comme les maitres de demain. *René Breteau anticipe l’époque plus récente des actions et des performances en ouvrant son espace au théâtre : Les Mamelles de Tirésias en  hommage à Apollinaire ou à la danse des Ballets Hans Weidt pour la seconde exposition Témoignage en 39. *La « performance » de février 1939 à la galerie Breteau sera l’une des dernières manifestations de Hans Weidt, surnommé, avant la guerre, le « danseur rouge ». Interné comme apatride dans un camp français d’Afrique du Nord, il combat ensuite les troupes allemandes sous l’uniforme britannique. En 1946, Jean Weidt revient à Paris pour fonder les « Ballets des Arts ».  De jeunes danseurs, dont Françoise Michaud – fille de Marcel

cubisme, surréalisme, ésotérisme, onirisme, primitivisme ...diversité de courants artistiques - expression d'une époque

Cosmopolite et indépendante, l’académie Ranson permet d’échapper aux poncifs de l’art officiel, c’est un partage d’influences : post-cubisme, surréalisme, primitivisme conjuguées à l’apprentissage des techniques. Nicolas Wacker, Jean  Le Moal, Manessier,  Jean Bertholle, Charlotte Henschel et Véra Pagava explorent, tout d’abord, un cubisme inspiré de Picasso et de Braque dont Bissière était proche depuis 1917. Ils furent dura­blement marqués par Guernica, devant lequel ils passaient chaque matin, alors qu’ils assistaient Bissière, Robert Delaunay et l’architecte Félix Aublet au Pavillon des Chemins de fer de l’Exposition Internationale de 37.

Dans le même temps, transparaissent des tendances ésotériques, caractéristiques de l’atmosphère d’inquiétude latente, annonciatrices du conflit à venir. Religiosité, théosophie, occultisme : une quête de spi­-ritualité, non sans parenté avec celle des Nabis, s’incarne en visions d’apocalypse : œil, spirale, astres, mais aussi chrétiennes : jugement dernier, tour de Babel…. Techniquement, un cerne, parfois dissocié de la forme sou­tient les aplats de couleurs vives.. Rien de révolutionnaire, dira Bertholle : dans une diversité assez grande de tempéraments, ce qu’il y avait de commun entre nous : un ton fantastique. Après ses compositions cubisantes, Nicolas Wacker adopte une figuration dépouillée, onirique, propre au théâtre intime qu’il recrée à l’académie et donne à ses figures  un caractère énigmatique.

« Peinture figurative certes mais peu descriptive : dans un espace composé avec soin, il place le modèle et l’habille d’un costume ou d’un drapé dans un décor réduit, rideau, table ou mandoline, venu tout droit du vo­cabulaire cubiste ou inspiré par la vue, au Louvre des intérieurs hollandais  Ses figures pensives au regard intériorisé, dans un halo de mystère, sont soulignées par la lumière évanescente de ses blancs et le caractère moiré de ses bleus et gris. »  En quête d’un nouveau langage dont les mots leur manque encore, ces artistes atteindront dans l’immédiat après-guerre, la non-figuration. Il fut possible alors, de briser les cloisonnements et recon­naître dans ces démarches qui pouvaient passer pour con­traires les variantes d’un même vaste courant de moder­nité.

Jean Bertholle
Véra Pagava - Huile sur toile - 1930
Jean Bertholle - 1946

Nicolas Wacker, Véra Pagava chevalets côte à côte et modèles croqués de concert, à chacun sa façon de recréer le motif

Niolas Wacker - 1933 - Huile sur toile - 46 x 38 cm
Véra Pagava
Véra Pagava

1939 - 1942 Les camps

Possesseur d’un passeport allemand à la déclaration de la guerre, incapable de prouver sa nationalité russe, Wacker est interné comme étranger au camp de Vil­lerbon puis dans des camps successifs : Frenay près du Mans, La Flèche, Angers, Chanac en Lozère, Thouars, St-Antoine, près d’Albi… Période de souffrance physiques et morales qui le marqueront à jamais.
– Dans la misère sordide du camp de Gurs, immense camp béarnais situé à quelques kilomètres de l’Espagne furent internés plus de 60 000 hommes, femmes et enfants, républicains espagnols, indésirables allemands, autri­chiens….La douleur transfigurée et, en quelque sorte sublimée : une lueur vacille encore, plus forte que la persécution et l’avilissement. Les victimes de Gurs, dans leur malheur, tiennent à montrer qu’ils ont gardé toute leur humanité. Un mélange d’espérance et de détresse, de misère et de lumière donne à la production des artistes de Gurs un caractère souvent insoute­nable.  
Claude Laharie cité dans le catalogue de l’exposition : l’Art en guerre, Musée 
Na­tional d’Art Moderne, Paris – 12 octobre 2012 –  17 février 2013. 

C’est au camps St-Antoine, près d’Albi qu’il exécute une dizaine de peintures et trente dessins au crayon ou à la plume d’oie, au brun de Cassel et à l’encre de chine. Il s’échappe dans l’irrationnel, projetant des images d’angoisse et de  cauchemar (chimères) mais aussi : souvenirs, projets…..note Wacker. Scènes de vie en Ukraine, souvenirs de l’Académie Ranson, atelier de la rue du Pot-de-Fer, évocation de Madeleine, ren­contrée chez une amie de Véra Pagava en 1938, qu’il épousera en 43.

Nicolas Wacker - 1942

1962 nicolas wacker vers l'abstraction

Il y des moments qu’on peut appeler des crises…. Sortant d’une grave maladie, en 62, Nicolas Wacker reprend la peinture pour exprimer dira-t-il : l’afflux d’émotions lancinantes et fugaces, parce que le cœur déborde et que la valeur artistique de l’homme dépend uni­quement de ce qu’il a à transmettre….
 Atmosphère de rêve, science de la matière et de la lumière, dans la veine des œuvres de Klee ou de Hans Reichel, dont Bissière avait exposé les oeuvres à l’académie Ranson et qu’il retrouve interné parce qu’allemand, de 39 à 43 dans les camps de Meslay, du Maine et d’Albi.

Grâce à Nicolas Wacker, la technique dite mixte, qualifiera toutes les peintures contemporaines exécutées avec des moyens hybrides. Su­perpositions de médiums pour rendre des effets d’ombre-lumière, de transparence et d’opacité c’est la technique de Van Eyck.

Il ne se délectait pas de ce savoir faire artisanal et répétait à ses étudiants : « la création artistique est spirituelle avant tout, la technique n’est qu’un moyen. Moins on remarquera comment votre oeuvre est faite, plus elle agira par son contenu spirituel.


I

UNE OEUVRE RYTHMANT LES étapes d'une vie

Bertholle, Bissière, Le Moal, Manessier, Étienne-Martin ou encore Braque, Viéra da Silva, Szenès, Véra Pagava, Gruber, Stahly, Roger Hilton……Wacker les a tous fréquenté. Après une jeunesse bouleversée, il trouve, à Paris, à l’académie Ranson, les valeurs liées à sa culture et l’esprit des ateliers d’autrefois, héritage des Nabis. En 1942, rescapé des camps, affaibli, Wacker partage les tâches, dans une vie en autarcie chez Bissière à Boissiérette, dans le Lot qui hébergeait aussi Charlotte Henschel ainsi que Manessier et sa famille pendant la guerre.

A partir de 1969, professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris, sur proposition de Bertholle, il met à profit l’étendue et la précision expérimentale de sa connaissance des matériaux. Plusieurs généra­tions d’artistes se souviennent : « son enseignement acquit une telle renommée que les salles de cours étaient trop petites (…) » Jean-Paul Letellier, mars 2004 Il partageait avec simplicité ce qu’il avait connu lui-même au cours d’apprentissages exceptionnels dans le milieu intellectuel de Saint-Pétersbourg, puis au cours de  ses études d’architecture, de pein­ture et de philosophie, à Berlin entre 1922 et 1926.

Nicolas Wacker, né dans la Russie tsariste qui connut le bolchévisme puis l’effervescence artistique du Berlin des années 20 avant d’adopter la France, voyageant dans des milieux divers, traversés de cultures concurrentes, n’oublia jamais en quoi ses origines pouvaient le servir. Il inventa un art hy­bride qu’il sut transmettre à ses élèves. Ce mélange d’univers, de compétences se devait, pour lui, d’être partagé en toutes circonstances et tout au long de sa vie, en dehors de contingences  com­merciales.

le mot des critiques : Jacques Lassaigne, Bernard Noël, EMMANUEL bRéon

 

En 1987, visitant la rétrospective Nicolas Wacker à l’Ecole des Beaux Arts, Bernard Noël dira le choc esthé­tique ressenti devant les œuvres des années 30, leur accomplissement formel et l’éclatante composition d’un espace à la fois mental et pictural, unifié dans ses dernières œuvres..
Jean-François Jaeger, directeur de la galerie Jeanne Bucher, appréciait beaucoup les connaissances et les écrits de Wacker et ne lui reprochait que ses « manières » qui lui faisaient toujours trouver inadéquates les propositions d’expositions….(10)

Mais Nicolas Wacker, attaché à la dimension spirituelle de l’art et à sa transmission ne renia jamais ses conceptions. Jacques Lassaigne remarque : nous le suivons dans les 20 toiles qui représentent les dif­férentes étapes de sa pensée et qui aboutissent à l’unité. Un art si net, si cérébral, qui est pour nous une leçon. Nous étions prêts à accepter certaines trahisons. Wacker nous montre que nous ne devons pas cesser d’être exigeant.

Pour Emmanuel Bréon : c’est un moine de la peinture qui noue un dialogue sincère et véritable avec le commun des hommes(Préface de Nicolas Wacker, peintre – Éditions Somogy, 2004)

Et pourtant Wacker dira : une exposition hante mon imagination, une exposition posthume où je pour­rais être invisiblement présent
Souhait réalisé au-delà de ses espérances : une monographie est parue en 2004, dirigée par Daniel Blumé, neveu et ayant droit de l’artiste qui donna l’impulsion pour une solo exposition au Musée de Rambouillet en 2001 ; Les institutions muséales en France et à l’étranger ainsi que le marché de l’art portent un intérêt croissant à l’artiste qui laissa près de 400 œuvres  dans son atelier, rue du Pot de Fer.

notes

1 – Véra Pagava, citée dans Véra Pagava, vers l’indicible, Éditions Aréa, 2010, préface Pierre Descargues. p. 9.

2 – Étienne-Martin, cité p. 97, dans Nicolas Wacker, peintre – Éditions Somogy 2004.

3 – Jean Le Moal, cité, p. 98, le 18/12/1987, dans Nicolas Wacker, peintre – Éditions Somogy 2004.

4 – Sylvie Ramond, Le poids du monde, Marcel Michaud (1898-1958) p. 113-114, le groupe se fédère dès 1936, autour de sept artistes dont Bertholle, Le Moal. La liste changeante comprend 12 noms : Bertholle, Le Moal, Etienne-Martin, Lucien Beyer, René-Maria Burlet, Jean Duraz, César Geoffray, Jacques Porte, Joseph Silvant, François Stahly, Louis Thomas, Varbanesco et occasionnellement, Bissière, Manessier, Anne Dangar, Charlotte Henschel, Véra Pagava et Nicolas Wacker, entre 36 et 40  –5 – Laurence Berthon, citée dans Le poids du monde, Marcel Michaud (1898-1958) p. 220

6– René Breteau, cité dans le catalogue de l’exposition : Groupe Témoignage, 1936-1943 – Musée des Beaux-Arts, Palais St-Pierre, Lyon 1976 – Bien que discrète pendant l’occupation, René Breteau rendra un hommage à Max Jacob.  Vasarely, Gilioli, Freundlich, Maryan, Chaissac, Dominguez, Jorn …..occupèrent les cimaises de la galerie.

7- Jean-Jacques Lerrant, cité dans le catalogue de l’exposition Groupe Témoignage, 1936-1943 – Musée des Beaux-Arts, Palais St-Pierre, Lyon 1976.

8 – Laurence Berthon, citée p. 225 dans le catalogue : Le poids du monde, Marcel Michaud (1898-1958),Exposition, Musée des Beaux-Arts de Lyon –  22 octobre 2011 — 23 janvier 2012

9 –  Alexandra Charvier, citée dans Nicolas Wacker (1897-1987) Éditions Somogy, 2004.

10 – Lettre de Bernard Noël à Paul Otchakovski-Laurtens, son éditeur à propos de l’exposition des œuvres de Nicolas Wacker à l’Ecole des Beaux-Arts le 26/01/1987 /