ARTISTES
WOLE LAGUNJU / SOLY CISSĖ
3/06/2021 – 24/06/2021

Les deux artistes ont en commun la pratique quotidienne du dessin. L’évasion, le caractère automatique et même thérapeutique, apporté par ce medium, induit à une autre façon que sur toile, l’expression de ces métamorphoses successives nées de l’encre et du fusain. Depuis les USA, où il s’est installé en 2007, Wole Lagunju, originaire du Nigeria, donne à ses souvenirs des proverbes yoruba, la spontanéité de l’encre de couleur. Soly Cissé déploie, depuis Dakar où il est confiné, toute une cohorte de visages, nés du fusain, subissant des transformations, visant le choc visuel.

Libérées par la fluidité de l’encre, les oeuvres sur papier de Wole Lagunju gardent, au gré des jeux de couleur qui se superposent et se modifient, leurs métamorphoses successives. Wole Lagunju parvient, avec virtuosité et une grande économie de moyens à traduire, en lexique visuel, les symboles, la philosophie et la morale de ces proverbes qui imprègnent le mode de vie socioculturel des yorubas. Leur apparition remonte à la nuit des temps à Ile-Ife, berceau du peuple Yoruba. Territoire d’autant plus important qu’il donne aux souvenirs de l’artiste le besoin de retrouver la primauté du dessin pour préserver sa culture.

La capacité pour ces sociétés, d’utiliser ces proverbes, de manière appropriée est une preuve de sagesse et d’intelligence. Brefs et concis, ils offrent de multiples interprétations qui les rendent fascinants. Par ses inventions formelles Wole Lagunju prolonge la nature allusive et le caractère changeant de ces préceptes anciens. Des rehauts d’encre de couleur, placés avec justesse sur le blanc du papier soulignent une anatomie ou un mouvement, des superpositions de taches amorcent des métamorphoses. Des images émergent des strates d’encres lumineuses. Représentations humaines ou animales, objets symboliques comme les totems ou les peignes en bois sculptés, fusionnent ou semblent se disloquer sous nos yeux.

L’intense force chromatique de Women are like chamaleons, évoque le mimétisme du caméléon, sa capacité à se fondre dans son environnement qui en fait un animal dissimulateur, métaphore de la méfiance profondément ancrée envers les femmes. Non sans rappeler l’esprit ambivalent de ces aphorismes, l’artiste opte pour son contraire et donne un regard candide à sa figure-caméléon, animal admiré, par ailleurs, pour sa force symbolique qui occupe une place de premier plan dans les cosmogonies africaines. Le regard incisif de l’artiste observe l’état actuel de notre société, comme illustré ave l’œuvre intitulée : Pons, fascinant(e) prostitué(e) vu au masculin/féminin, qui questionne les rapports de pouvoir de genre et d’identité.

Soly Cissé déploie une succession de figures pathétiques en voie de déshumanisation en proie à des métamorhoses définitives.

La série de dessins exécutés par Soly Cissé pendant les périodes successives de confinement illustre une certaine vision de la société, plus que jamais en cohérence avec l’ensemble de son œuvre qui explore la nature manichéenne de l’homme. Maître du fusain, l’artiste déploie toute une cohorte de visages, nés de la matière même, subissant pour la plupart des déformations. Une succession de figures pathétiques, en voie de déshumanisation, semblent en proie à des métamorphoses irréversibles Certains personnages annoncent un crâne, d’autres, simiesques se métamorphosent en créatures hybrides, mi-homme, mi-animal, juste avant qu’ils ne se transforment en « monstres », à la fois merveilleux et poignants, visant le choc visuel.

LES MONDES PERDUS
L’espace de la feuille est saturé de créatures hallucinées se livrant aux rites immuables d’opposition et de domination. Ce chaos qui a donné naissance au monde et qui caractérise également la croisade des animaux luttant pour leur survie, reste à jamais le fondement de la société humaine.

Le dessin joue un rôle important dans la pratique de Soly Cissé, non comme une partie préparatoire de son processus créatif mais comme un moyen d’expression indépendant. Le papier est le support d’expérimentations multiples : collage,

pastel, sanguine, acrylique et, constitue plus que jamais, une thérapie. Au milieu des années 2000, l’artiste organise dans ses collages, des dislocations spatiales. Certains espaces narratifs débordent de chiffres, lettres, signes, presque illisibles, disséminés de façon aléatoire, suggèrant une tentative de système ou de classification. Bien que se révèle illusoire cette recherche de stabilité et de cohérence pour pallier la perte de repères dans le désordre du monde, ils sont indissociables du langage de l’artiste sur le papier comme dans ses toiles.

Depuis 2003, Soly Cissé revient régulièrement à sa série des « Mondes perdus. L’espace de la feuille est saturé de créatures hallucinées se livrant aux rites immuables d’opposition et de domination. reflètant la tragi-comédie des hommes, la lutte pour le pouvoir des uns, la vie ou la mort des autres. Ce chaos qui a donné naissance au monde et qui caractérise également la croisade des animaux luttant pour leur survie, reste à jamais le fondement de la société humaine.

Les « Mondes perdus » ont été exposés, notamment, à l’édition 2005 au Centre Pompidou lors de la Mythique exposition Africa Remix.

ÉVÈNEMENTS EN RELATION
Le Paris Gallery Weekend Art Across Europe
 Bruxelles, Lisbonne, Madrid, Milan, Paris,
Cologne & Dusseldorf.

soly cisse- dessins et sanguines