IBRAHIM BALLO 

RÉSIDENCE INSTITUT FRANҀAIS
CITÉ INTERNATIONALE DESARTS
OCTOBRE 2020-JANVIER 2021

FIL D’HIBERNATION

La pratique d’Ibrahim Ballo s’inspire du tissu traditionnel malien : le bogolan et les pagnes de coton. Elle a été déclenchée par ses souvenirs d’enfance. L’artiste a commencé par associer les techniques, les matériaux et les valeurs de son héritage tout en explorant de nouveaux pigments comme l’acrylique et ses combinaisons de couleurs enseignées lors de son éducation artistique
Bien qu’imprégnées de l’esprit, de la tradition et de la grande histoire de l’Empire médiéval du Mali, ses compositions sont ancrées dans un contexte purement contemporain. Elles traduisent les problèmes sociétaux complexes et les barrières culturelles liées à son environnement, lesquelles assimilent la pratique artistique à … une anormalité.
Un transfert de savoirs culturels s’opère : celui du textile, matériau à valeur artisanale connu depuis le début du 2ème millénaire siècle avant notre ère, avec celui de la peinture. Les deux matériaux se côtoyaient au fil des siècles, sans s’interpénétrer. Le textile est pris, dans son travail, au sens large : c’est le premier fil, le premier nœud. La fibre de coton nouée à la surface de la toile donne à celle-ci une troisième dimension et interfère avec la modernité de l’acrylique.
Le travail du textile fait partie d’une des plus anciennes traditions au monde, Les artistes contemporains aux cultures plurielles, l’utilisent de plus en plus comme support. Les œuvres d’art produites à partir de textiles sont actuellement à la pointe de l’art actuel

Le projet de résidence, présenté à Paris à la Cité Internationale, résulte du double choc crée, par les ruptures technologiques, d’une part, par la diversité des cultures dans un monde globalisé, d’autre part et, la prise de recul, nécessaire pour qu’advienne une nouvelle sociabilité.
Nouer des fils de coton en une multitude de points de jonction dans l’espace de la toile et les associer à des réseaux de lignes peintes à l’acrylique, résulte d’un long processus. Symbole de connectivité,  il traduit aussi, pour l’artiste, une quête : celle de ses forces de créativité.
Porteur d’une histoire à plusieurs niveaux, le coton véhicule, avec ses motifs symboliques, des histoires de circulation, de migration et d’appropriation. Un dialogue s’établit entre les idéogrammes de coton malien figurés à l’acrylique et les fils noués dans un langage minimal. Une synthèse s’opère entre expérience du monde contemporain et signification historique dans un univers de plus en plus numérisé.
Le recul pris par l’artiste, sur une certaine norme sociale caractérisée par son consumérisme, contribue à faire « tomber le masque » afin d’assumer sa liberté ainsi que les rôles, culturels, sociaux ou politiques que cette réconciliation avec soi-même autorise.

 

DE L’HIBERNATION AU… CONFINEMENT

La pandémie du Covi119 nous a fait basculer, d’un monde d’agitation à, un repli sur soi sans équivalent historique, une hibernation par obligation en quelque sorte. De cette situation inédite, émergent déjà des questionnements sur nos modèles politiques, sociaux, financiers…. Une ouverture sur de nouveaux champs de réflexion tend à permettre de plus grands échanges entre l’homme et la nature, dans un besoin de se reconnecter avec l’environnement réel. Cette méditation spirituelle est initiatrice d’une nouvelle forme d’action avec l’art comme lieu de liberté.

*Face aux difficultés de la vie, j’appelle, dans mes œuvres, à l’union et au vivre ensemble. Le coton noué, symbolise les liens que nous dévons tisser entre nous afin de rester soudés, même dans les difficultés, nous confie l’artiste qui accorde beaucoup de valeur aux couleurs des fils utilisés dans ses créations. Les couleurs symbolisent l’harmonie – non seulement entre Maliens ou Africains, mais aussi, entre les hommes de toutes origines.

 *Ibrahim Ballo, le tisseur de liens – Dakite Amadou – Aujourd’hui Mali – mars 2020