Dessins et modèles Véra Pagava et Nicolas Wacker

Dessins et modèles Véra Pagava et Nicolas Wacker

Vera Pagava et Nicolas Wacker à l’académie Ranson années 30 « Dessins et modèles »

Véra Pagava (Tbilissi 1907-Paris 1988)   et  Nicolas Wacker (Kiev 1897- Paris 1987)

Compagnons d’atelier à  l’Académie Ranson Années 30

15 décembre – 20 janvier 2012

L’exposition rassemble 35 dessins et une dizaine d’œuvres sur toiles par Nicolas Wacker et Véra Pagava réalisés côte à côte, entre 1928 et 1936, dans l’atelier de peinture de l’académie Ranson, dirigé par Roger Bisssière.

Dessinant tous les jours d’après le modèle vivant suivant les nouvelles conceptions artistiques  bannissant toute pose figée, les deux artistes explorent différents thèmes du dessin d’après modèle vivant : nu, drapé, costumé, mis en scène, figures groupées…ou bien rattaché à un seul et unique modèle.

Le regard sensible, intériorisé qu’ils portent sur le modèle dépasse le réalisme académique, ils donnent un caractère intime, énigmatique à leurs compositions, traitées avec différents procédés techniques : dessins au trait, hachures, lavis…

Ces dessins, restés dans leur cartons depuis des décennies, racontent la vie d’un atelier dans  années 30, ses pratiques, sa modernité, le regard porté sur le modèle par des artistes au début de leur parcours indépendant et libre, préfigurant le langage nouveau dont ils seront les pionniers dans les années 50.

Sommaire
5 – L’Académie Ranson : Un modèle de formation fécond et unique au cœur du Paris artistique des années 30

6 – Véra Pagava et Nicolas Wacker :  le dialogue des disciplines à l’académie Ranson

10 – L’étude d’après le modèle vivant : l’idéal moderne des années 30, celui d’un corps libre

19 – Véra Pagava : expositions

20 – Nicolas Wacker : expositions

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Créée en en 1908 par l’artiste nabi P.-E. Ranson, l’Académie Ranson connaît une ampleur nouvelle dans les années 30.

La plupart des artistes qui y étudièrent deviendront de grandes figures de la non-figuration ou de l’art informel, dans l’immédiat après-guerre.(1)

Charles Malfray, Aristide Maillol et Nicolas Wacker,
Collection Parvine Curie – Photos : Catalogue : Éclosions à l’Académie Ranson – Palais du Roi de Rome, Rambouillet- oct.2010 – janv.201
1935 Charles Malfray, Aristide Maillol et Nicolas Wacke


Dès leur arrivée, Nicolas Wacker en 1928 et Véra Pagava en 1932,se lient avec Manessier, Bertholle, Le Moal, Etienne-Martin, Vieira da Silva, Szenes, Roger Hilton,

Charlotte Henschel, Wols, Hans Reichel…….tous partageant l’émulation de Roger Bissière.

Charles Malfray qui dirigeait l’atelier de sculpture et Roger Bissière pour la peinture, y recçoivent très souvent Maillol, Braque…, ils partagent avec les étudiants l’héritage moderne de Gauguin et de Cézanne, les influences post-cu­bisteS, surréalistes, primitivisteS…..Bissière est un des premiers à leur fait découvrir Paul Klee.

Durant une décennie, une cascade d’événements artistiques va fédérer cette génération assez homogène, désignée par Jacques Lassaigne, en 1937 sous le terme de collectif, de compagnonnage artistique. À toute doctrine, ils privilégiaient les rapports amicaux qu’ils garderons toute leur vie. 
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Photos : Catalogue de l’exposition Éclosions à l’Académie Ranson – Palais du Roi de Rome, Rambouillet- octobre 2010 – janvier 201

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Véra Pagava les années à l’Académie Ranson

C’est à l’Académie Ranson grâce à la perméabilité qui existait entre les ateliers : peinture, dessin, gravure sur bois, arts décoratifs, cours de fresque, sculpture….que Véra Pagava trouvera  la possibilité de faire dialoguer les différentes disciplines étudiées pré­cédemment. En effet, elle avait étudié, entre 1924 et 1930, à l’école des Arts Décoratifs, l’Ecole Art et Publi­cité et à l’académie André Lhôte.
Nicolas Wacker, remarquable technicien qui avait quitté la Russie pour Berlin où il avait étudié l’architecture incarnait le caractère pluridisciplinaire de l’académie et avait été nommé massier de l’atelier de peinture par Bissière.
 photo : 1936. Bissière, Pagava, Concetta, Roger Hilton dans le jardin de l’académie Ranson –  Photo : fonds Atelier Véra Pagava

Jacques Lassaigne, futur conservateur du MNAM écrira : Il est toujours présent aux cours du matin, aux séances de l’après-midi et à la séance de pose du soir. Il veille à ce que tout se passe bien, prépare le matériel, organise la séance de pose.  Il broyait lui-même les couleurs et possédait à merveille l’art des pré­parations et des mélanges. Sur ce plan, il complétait l’enseignement de Bissière
Sur le travail de Véra Pagava, André Verdier écrit : La lumière est intégrale. Elle sourd secrètement, ni d’en haut, ni d’en bas, mais de l’intérieur. Elle transperce et se vitrifie

En raison de leur origine commune, Wacker entretient avec Véra Pagava une vraie complicité. Il l’initie aux différentes techniques. A ses côtés, elle expérimente, des­sine, peint d’après modèle, s’’attache à l’inscription d’une figure dans l’espace, aux valeurs ombre et lumière qui structurent la forme.


Le modèle mis en scène

Pas de pose académique à Ranson, ni nymphe, ni déesse, les deux professeurs, Malfray et Bissière optent pour la liberté d’attitude du modèle cherchant à capter une vérité de la nature et du mouvement, L’essentiel, pour eux, est de réussir à transmettre une intensité, une  charge expressive ou émotionnelle en une approche transcendée, exprimant avant tout une vision intérieure. C’est aussi l’attitude très intériorisée de Nicolas Wacker devant le modèle, suivant les préceptes de Bissière : regardez longuement votre modèle et commencez à dessiner lorsque vous savez ce que vous voulez faire.
Venant de Suisse, François Stahly, inscrit en 31 et habité toute sa vie par le rêve d’un art communautaire indépendant, évoque cette nécessité intérieure et, parlant de Wacker : à partir d’une situation familière, il livre son regard sur les êtres, proche en cela de la peinture métaphy­sique. Il dessinait son théâtre intime en lui conférant un ca­ractère énigmatique.

 Le modèle n’est pas seulement un objet de support au travail visuel,  il s’impose en tant que personne comme Andrée Desvignes, modèle favori d’Étienne-Martin et  Concetta, gar­dienne à l‘académie qui avait été le modèle de Degas  pour Les Repasseuses et de Rodin pour le Baiser en

Véra Pagava témoigne : On ne peut parler de l’académie Ranson sans mentionner Concetta Une paysanne italienne venue à pied, toute jeune d’Italie qui ne sa­vait ni lire, ni écrire. Par sa personnalité remarquable, elle contribuait à créer cette ambiance unique de l’académie. Ses spaghettis étaient merveilleux et être invité de Conchetta était un plaisir réservé aux élus.

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Nicolas Wacker

 » La peinture est pour moi un langage si facile et si naturel   »  – Nicolas Wacker, extrait d’une lettre adressée à  Anita de Caro et Roger Vieillard  – Archives Daniel Blumé.

Nicolas Wacker Dessin, 1928
Nicolas Wacker
Nicolas Wacker

 

 

Le modèle est pour Wacker, l’objet d’une observation très aigüe qui doit transformer en signes, le caractère essentiel d’une forme. Ses dessins au trait, crayon ou plume, privilégient les lignes essentielles donnant simplicité et spontanéité à l’expression

Les études plus poussées, avec modulation des ombres restituent le modelé et creuse un espace savant autour de la figure.

 

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NICOLAS WACKER

1922 École des Beaux-Arts, Berlin, section architecture. Cours de philosophie à l’Université Humboldt.

Découvre à Berlin, le livre de Max Doermer, Secrets de la peinture classique.

 1927 Atelier André Lhote et Salon d’Automne
1928-1939 Massier à l’Académie Ranson
1938 Participe au groupe Témoignage, Paris
1939-1942 Camps de travailleurs étrangers
1944 Installation aux Cazettes (Quercy)
1961 Sanatorium (Lot)
1962 Orientation abstraite.
1969-1984.Nommé professeur École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris

.Nicolas Wacker : écrits

 La peinture à partir de matériau brut et le rôle de la technique dans la création d’art, réédité en.1993, Éditions Allia.

 

 

EXPOSITIONS

 1927–1928–1929 Salon d’Automne –
1935 Académie Ranson exposition personnelle
1936 Il expose avec Le groupe Témoignage
 1937 Salon de La Jeune Peinture
1937.Exposition Internationale des Arts et Techniques – Palais de La Découverte
1938 Académie Ranson : le groupe -1937-1938 –1939 Exposition à la galerie de René Breteau, Matières et Formes.

1986 Villeneuve-sur-Lot : Bissière et ses amis
1987 Rétrospective Nicolas Wacker, Ecole des Beaux–Arts, Paris.

2001 Rambouillet, exposition personnelle.

2010 Éclosions a l’Académie Ranson,.Palais du Roi de Rome, Rambouillet

2011 De la Russie a Paris – Maison des Arts –   Anthony – décembre – janvier 2011.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Catalogue de l’exposition : De la Russie a Paris – Maison des arts Anthony, déc. 2010-16 janv. 2011

Catalogue de l’exposition, Éclosions à l’académie Ranson – Palais du Roi de Rome, Rambouillet – 2010.

Nicolas Wacker – Préface Émmanuel Bréon textes : Daniel Blumé,  Alexandra Charvier, P. Lebedeff, J.P. Letellier, Guy Spagnol – Éditions Somogy, 2004.

Nicolas Wacker Catalogue exposition École Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

Expositions en Ukraine
2006 Returning – Lviv National Art Gallery
2007 Returning 2 – National Museum Kiev
2008 École de Paris in Kiev, Nicolas Wacker, Alexis Gritchenko, Vassil Kmeluk, Boris Pasthoukoff – Lviv National Art Museum of Ukraine, Kiev.