Galerie Chauvy – Art moderne et contemporain

Oeuvres>>>

Gustav Bolin

1943-1968 la figuration

Remarquée par Pierre Loeb qui lui consacre une exposition personnelle en 1948, l’oeuvre de Gustav Bolin est
ancrée dans la pensée de l’après-guerre par son lien indissoluble 
avec l’expérience du regard sur un monde
symbolique ou stylisé.
Son passage dans l’atelier d’Othon Friesz, en 1938 sera significatif, il lui donnera le goût de la concision et de
la synthèse, loin d’une recherche naturaliste.

De son atelier dans la vieille ville de Copenhague en 1939,à ses séjours entre Mirmande, Valence et Marseille – lieux solaires –  
un climat de communion et de tension intenses s’instaure entre l’homme du Nord et les phénomènes impalpables de la nature.

En tout scandinave, s’inscrit la présence d’une nature antagoniste où alternent ténèbres hivernales et lumières estivales.
C’est que la lumière donne aux Nordiques bien plus qu’un 
éclairage réflexif sur la nature, mais une véritable expérience sym­biotique.

De retour à Paris en 1943, Bolin côtoie les milieux littéraires et artistiques regroupés autour de la figure d’Antonin Artaud : Prévert,
Michaux, René Char, Raoul Ubac,Tal Coat, Jacques Germain, Georges Bataille, Jean Paulhan, Jean-Paul Sartre, Michel Leiris….

Giacometti lui trouve un atelier à côté du sien, rue du Moulin-Vert, qu’il garda toute sa vie.

Après sa première exposition personnelle chez Pierre Loeb, en 1948, il s’isole, s’entoure de silence et dessine. Familier de la mer dans
ses éclats les plus forts, il choisit les bords de la Méditerranée, nourrie de légendes antiques    – sérénité et tragédie, mais, lumière
absolue -C’est l’époque d’’Antibes, de Vallauris où habitaient, alors Picasso et Françoise Gilot, Saint-Paul de Vence oùséjournaient
Henri-Georges Clouzot, Yves Montand, SergeReggiani qui se rencontraient sur les plages de Golfe-juande La Garoupe au Cap d’Antibes,
sans oublier Renée Laporte qui chaque semaine réunissait tout ce monde sur sa terrasse face à la mer

1948 – 1970  Un territoire : le Cap d’Antibes

Attiré par la lumière du Sud, Bolin fait de longs séjours à Grasse, à Saint-Rémy-de-Provence chez le peintre Pierre Lesieur :
les Alpilles et ses cyprés se retrouverons dans de nombreux tableaux.

Mais, à l’image de la série des Montagne Sainte-Victoire de Cézanne où celle des Meules et Cathédrales de Monet, c’est le
Cap d’Antibes et ses variations qui deviendrons le thème plastique 
prédominant du peintre.
Un dessin admirable fait avant tout d’élimination, une palette aux tons acides, l’ordonnance de l’espace, créée par la distribution
des lumières et des plans, voilà ce qui compose un tableau 
de Bolin, peint dans une matière plutôt mate mais sans rien de crayeux, ni de sec.
Une nécessité interne commande seule la figuration.
De descriptif ou pittoresque : rien.  Élan, rythme, vitalité – souffle de la mer, odeur du large vibrent encore sur la toile.

1969-1980 la non figuration
À Françoise Gilot, qui l’interrogeait, Picasso explique pourquoi : Matisse a de si bons poumons !…
Il faut laisser à la couleur sa zone d’expansion. Si l’on tente de la contenir à l’intérieur d’un graphisme, on  détruit son
rayonnement. Il faut ménager des intervalles.  
Quand elle atteint un point un peu au-delà de ses limites, elle s’irradie
jusqu’à la zone neutre  
et l’autre teinte la rejoint  au bout de sa course. 
Là on peut dire que la couleur respire.
Coloriste virtuose, Bolin peint sur toiles ou expérimente le vinyl sur papiers posés à même le sol, avec une justesse
franche des couleurs dans une dynamique harmonieuse des contrastes.

Saluée par une exposition personnelle au Musée Galliera en 1973, cette période sera couronnée, en 1990 par une
exposition à la Grande Arche de La Défense, dans le cadre de la manifestation : Dix jours avec la Suède; parrainée par
les affaires culturelles suédoises et inaugurée 
par le Roi de Suède.

Bolin crée une série de toiles qu’il nomme : labyrinthes. Il avait, dans une période où il éprouvait un sentiment
d’enfermement et où l’inspiration de la nature devenait un support contraignant, 
fait un rêve dans lequel il se heurtait à
des haies en forme de labyrinthes.

Est-ce pour échapper à ce sentiment de claustration qu’il  réalisera ces toiles aux tracés se dynamisant dans des
mouvements labyrinthiques ?

1980-1995 le retour à la figuration

Son discours plastique évolue à partir de 1980. Des compositions de petits formats pour des paysages et figures aux
lignes ascendantes, aux formes circulaires, sont enlevées d’un poignet libre –  la main 
ou l’avant bras appuyés ne
produiraient que des lignes sans dynamisme. (5)

Peu à peu, le bras tout entier participe avec force, mais toujours, le mouvement du poignet fera voler le pinceau sur
de plus grandes surfaces.

Conscient de sa maîtrise, il exécute une série de grands Nus, tableaux de synthèse de son expérience, disposant
dans la  toile la réplique de ses propres tableaux comme jeu d’écho, en un inventaire des 
œuvres présentes dans
l’atelier à ce moment là.

Le graphisme transgresse une réalité trop évidente dans un luxe de tissus campagnards que Simone, son épouse allait
acheter au Marché St-Pierre.

La figure est là, comme chez Matisse en tant que réflexion sur la ligne. Opérant un basculement de l’espace vers la surface,
comme Cézanne, il entraîne le spectateur à l’intérieur de la toileDe ses débuts, 
forgés dans la mouvance d’une vague 41,(6)
qui fondera la peinture de l’après-guerre, 
jusqu’à sa  dernière période, il ne rompt en rien sa perception d’une nature sensible
et transcendante.Un foisonnement de lignes. un semis multidirectionnel envahit l’espace de ses dernière toiles qu’il 
appellera ses
Partitions musicales, suggérant : les vapeurs, les frémissements atmosphériques à partir 
d’une palette restreinte aux ocres, aux
blancs et aux bruns qui réveillent les bleus pour des harmonies plus 
sonores.